Pierre Rigaux, ou l’art du storytelling

Article mis à jour le 2 avril 2021

Pierre Rigaux, naturaliste dévoyé, fanatique antispéciste, activiste anti-chasse prêt à toutes les manipulations, vient de nous gratifier d’une vidéo sur une société de chasse de l’Aube, dans le massif forestier de Rumilly-Chaource. Que Rigaux puisse encore ou non être qualifié de naturaliste, c’est un remarquable metteur en scène. Je ne commenterai pas ici la gestion de cette chasse, que je ne connais pas, mais le storytelling criant plaqué par Rigaux sur des images choisies, jouant de la méconnaissance de son public.

D’entrée de jeu, un accéléré imprègne de l’idée maîtresse : le sanglier grouille ! Ce vieux truc éculé ne manque jamais de faire son petit effet. Il est employé à 3 reprises dans la vidéo. Même Élise Lucet ou Tancrède Bonora de C à vous n’oseraient pas…

Rappelons simplement que le massif forestier de Rumilly-Chaource dont il est question est (évidemment) soumis au plan de gestion départemental du sanglier, qui prévoit des prélèvements minimum obligatoires, renforcés en cas de fortes densités sur un territoire de chasse…

Clé de la légitimité, le lanceur d’alerte. Au péril de sa vie, au bas mot ! Rigaux omet de dire qu’un lanceur d’alerte, c’est quelqu’un qui a d’abord dénoncé des dysfonctionnements auprès des autorités compétentes. Pas un type anonyme qu’on a payé pour des images.

Si des abus ont été constatés par cette personne dans cette chasse, c’est à la Direction départementale des territoires, à la fédération départementale des chasseurs, à l’ONF et à l’OFB qu’il convient de les rapporter avant toute autre démarche. Pas à Twitter…

Une quarantaine de sangliers ! C’est un massacre ! Il y a un plan de chasse, un quota d’animaux à prélever. Cinq ou six à la fois mais tout au long de la saison, ou 30 ou 40 en quelques chasses, cela revient exactement au même. Mais 40 d’un coup, c’est le buzz assuré…

Autre vieux truc: dit noir pour qu’ils comprennent blanc. Les followers de Rigaux sont imprégnés du racolage de Tancrède Bonora sur la chasse en enclos en Sologne : on va surfer dessus en faisant, mine de rien l’amalgame. Rigaux y tient tellement qu’il revient 2 fois dessus…

On verra un peu plus loin une clôture. Ce n’est pas un enclos, mais c’est tout comme, dit Rigaux. Sauf que les lâchers et le nourrissage y sont interdits, que la chasse y est soumise aux règles communes, que… Mais le spectateur saisira-t-il ces différences ?

On reconnait les grands artistes au détail qui tue. L’improbable sanglier débonnaire devant la maison des chasseurs, ça dit tout : ils viennent leur manger dans la main ! Si, si. Sur une chasse de quelques milliers d’hectares. Tous des cocottes ! C’est un élevage !

Rappelons juste qu’au-delà d’une densité constatée de plus d’un sanglier à l’hectare, un territoire de chasse relève de la réglementation sur les élevages, et que la chasse ne peut plus s’y pratiquer… Ces chasseurs se tireraient-ils une balle dans le pied ? Sérieusement ?

Mais les sangliers sont nourris ! La preuve ! Des centaines de kilos ! Maïs à volonté ! Rigaux ne dit évidemment pas à cet endroit que la règlementation dans ce département limite la quantité de maïs distribuée à 50kg pour 100ha par semaine…

Il ne dit pas, surtout, que le nourrissage est interdit et que ses propres images attestent qu’il ne s’agit pas de distribution à poste fixe mais d’agrainage linéaire, dispersé pour occuper les sangliers et donc bien d’agrainage dissuasif pour la protection des cultures…

Bien-sûr, l’agrainage de dissuasion, destiné à fixer les sangliers en forêt, peut dériver vers du nourrissage. Le problème est connu. Est-ce le cas ici ? Je l’ignore. Vous l’ignorez. Rigaux peut raconter ce qu’il veut, sans aucune preuve…

D’ailleurs, pourquoi se priver ? Le nourrissage devient pour Rigaux de l’appâtage (pour attirer les sangliers là où ils vont être tirés), ce qui strictement interdit là encore. Est-ce vrai ? C’est possible. Mais nous n’avons que la parole de Rigaux sur une image…

Mais au fait, vous reprendrez bien un peu de sangliers qui grouillent ? En accéléré, évidemment. On ne se lasse pas de l’effet…

C’est qu’ils grouillent tant, ces sangliers, que la forêt est ravagée ! C’est Verdun ! Sur des centaines et des centaines d’hectares ! Filmer une zone de gagnage (endroit où les sangliers se nourrissent) et la faire passer pour la forêt. C’est si simple, n’est-ce pas…

Au fait, vous m’expliquerez comment ces sangliers gavés de maïs peuvent en même temps ravager une forêt entière à coup de boutis ? Et sinon, pour des images filmées en plein hiver, la végétation du sous-bois, comment dire ?

Ils ne tirent pas les laies suitées pour favoriser la reproduction ! Ah bah… si, en fait, il les tirent. Oui, il y a un quota obligatoire de laies suitées à tirer. Il est respecté, Rigaux lui-même le dit. Mais sinon, il voudrait qu’on les extermine, ces sangliers ?

Une clôture pour rabattre les sangliers vers les chasseurs ? Mais c’est horrible ! Au fait, savez-vous que l’agrainage dissuasif, pour la protection des cultures, n’a de sens que s’il est accompagné de la pose de clôtures ?
Mise à jour 2 avril 2021 : la société de chasse précise que « ce grillage longe la D 444 (la route entre Troyes et Chaource, NDLR) mais uniquement pour limiter les collisions avec les voitures et éviter les intrusions sur cette zone de forêt privée [1]« Chaourçois: une amicale de chasse visée dans une vidéo militante », L’Est Éclair, 2 avril 2021  ».

Là… reconnaissons au «lanceur d’alerte» d’avoir saisi sur le vif un parfait abruti, qui balaye la ligne de poste et tire n’importe comment. Mon voisin de poste fait ça… il y a des chances que son permis soit compromis en cas de récidive. Baffes incluses. Dont acte.

Mais revenons au sujet, la prolifération des sangliers. Encore un p’tit coup de ça grouille ? Le troisième. Avec des cerfs en prime. Là où il y a de la gène, y’a pas de plaisir, hein…

Une fosse à déchets de gibier dont l’utilisation est à revoir, le tri n’est hélas pas un concept bien maîtrisé ici. On est loin de la question de la prolifération artificielle des sangliers, mais soit. Surtout, ça ajoute une petite touche macabre du plus bel effet…

Mise à jour 2 avril 2021 : La société de chasse relève que « certaines images de la vidéo remontent à plusieurs années : Les bracelets de cette couleur ne sont plus utilisés pour nos animaux prélevés[2]« Chaourçois: une amicale de chasse visée dans une vidéo militante », L’Est Éclair, 2 avril 2021 . »

Voilà… Le reste de la vidéo est consacré à l’aspect financier et au territoire de chasse en forêt domaniale gérée par l’ONF, aspects que je ne commenterai pas ici, n’ayant pas d’informations précises sur cette société de chasse. Je dirai simplement qu’à mes yeux, il y a tout autant place pour la chasse populaire et pour des sociétés, domaines, entreprises de chasse pour des gens ayant de plus gros moyens. L’argent, ça n’est pas sale. Et ça ne veut pas nécessairement dire que c’est mal chassé…

Pour conclure: cette vidéo remet peut-être en cause certaines pratiques au sein de cette société de chasse… ou pas. Mais elle ne dit rien de la chasse elle-même, de son principe, de son existence. Je veux bien qu’on pose la question d’abus au sein de certaines sociétés de chasse. Mais pas avec les vidéos d’un Rigaux. Pas avec ses trucs et astuces, ses amalgames, son storytelling, ses non-dits, ses entourloupes : avec honnêteté et discernement.

Vous pouvez commenter ce billet en réponse à son annonce twitter .

Notes & références

Notes & références
1, 2 « Chaourçois: une amicale de chasse visée dans une vidéo militante », L’Est Éclair, 2 avril 2021

Share my article