Animaux sauvages en ville: pas si simple !

Sommaire

Pourquoi prend-on dans certains cas la décision d’abattre un animal sauvage égaré en zone urbaine, plutôt que de le repousser, le capturer ou l’endormir pour le relâcher dans la nature ? Tout simplement parce que tout cela, capture, anesthésie, lâcher, est en fait loin d’être aussi simple que beaucoup le croient.

Pourquoi ces animaux sauvages s’égarent-ils en zone urbaine ?


La superficie de la forêt française a doublé au cours de 150 dernières années (source IGN).

Mais tout d’abord, pourquoi voit-on un chevreuil, un sanglier, parfois un cerf, ou encore un renard, ragondin ou blaireau s’égarer en pleine rue ou dans des jardins ? Pas parce qu’ils y seraient contraints par la destruction de leur habitat. Ni à cause des méchants-chasseurs-bouh-cruels. La forêt française n’a jamais été aussi étendue depuis 150 ans. Et s’il arrive parfois qu’en saison de chasse, le dérangement causé par une battue amène un cervidé ou un sanglier en ville, c’est loin d’être la raison principale.

En revanche, l’extension des zones urbaines au détriment des terres agricoles, la multiplication des friches péri-urbaines, la croissance des populations de grand gibier, l’abondance de renards, de ragondins, conduisent inévitablement à ces situations. Selon les espèces et la saison, les causes majeures sont la faculté d’adaptation à de nouveaux habitats et zones refuges, la recherche opportuniste de nourriture, la difficulté à s’abreuver en période de sécheresse[1]Les sangliers envahissent de plus en plus de villes françaises, Le Figaro, 31 janvier 2021 . Sans compter, tout simplement, que :

Il faut savoir que les animaux sauvages ont vocation à coloniser des territoires. C’est vital. Pour leur survie, ils doivent bouger, afin de garantir un brassage génétique et éviter la consanguinité. Ils partent donc à la découverte de territoires nouveaux, sans forcément savoir où ils vont. Et le fait qu’il existe des zones urbaines n’est pas inscrit dans leur ADN[2]Pourquoi les chevreuils sont de plus en plus nombreux à divaguer en pleine ville dans la Sarthe, Ouest France, 3 juin 2021 .

,
Les bourgeons de la bourdaine, un arbuste commun dans les haies et les sous-bois, contiennent un alcaloïde qui a cet effet psychotrope sur les chevreuils.

Bien-sûr, en saison de chasse, le dérangement dû à celle-ci peut parfois pousser un chevreuil vers une zone urbaine, mais ce n’est pas si souvent la cause. La saison du rut, à l’automne, rend par exemple les cerfs plutôt imprévisibles. Un jeune cerf peinera aussi parfois à se trouver un territoire face à ses rivaux, le poussant à s’aventurer en plaine. Et pour les chevreuils, cela arrive aussi bien au printemps, hors saison de chasse donc, pour une tout autre raison, plus inattendue : l’ivresse causée par la consommation de bourgeons (en particulier de bourdaine)[3]Lot : pourquoi des chevreuils ivres divaguent dans les rues en plein confinement, France Bleu, 21 avril 2020 . Ce phénomène peut même d’ailleurs rendre les brocards (chevreuils mâles) agressifs[4]Rhône : un chevreuil en état second attaque un groupe de promeneuses, France-Info, 16 février 2016

Qui intervient ? Qui décide ?


Chevreuil pris en charge par la police municipale de Voiron (Isère) après capture avec l’aide des chasseurs locaux, en avril 2021 (Source Le Dauphiné Libéré).

L’autorité compétente en cas d’animal sauvage égaré en zone urbaine est le maire ou le préfet. Mais il n’y a pas de règle quant à l’opérateur. Il peut y avoir différents intervenants, qui peuvent se combiner.

La police municipale ou nationale, voire la gendarmerie, sont généralement les premiers appelés. La police municipale a explicitement, selon la loi, « le soin d’obvier ou de remédier aux événements fâcheux qui pourraient être occasionnés par la divagation des animaux malfaisants ou féroces (sic).»[5]Article L 2212-2, Code général des collectivités territoriales


Reprise d’un daim par les pompiers du groupe de secours animalier du SDIS78.

Quand celle-ci existe dans le département, il peut être fait appel à l’unité spécialisée en risque animalier des pompiers, assistée d’un vétérinaire du service de santé et de secours médical, à l’exemple du groupe de secours animalier du SDIS78 dans les Yvelines[6]Secours Animalier, Sapeurs-pompiers des Yvelines .


Capture d’un chevreuil par les agents de l’ONCFS dans la Vienne, en 2015.

Il est parfois fait appel aux agents de l’ex-Office de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), aujourd’hui Office français de la biodiversité (OFB). C’est obligatoire quand il s’agit d’une espèce protégée. Mais plus généralement, les moyens de l’Office sont limités, et son réseau d’agents spécialisés en capture n’existe plus aujourd’hui.


Qu’est-ce qu’un lieutenant de louveterie ? Quels sont ses missions ?

Les lieutenants de louveterie, enfin, sont des agents publics sous l’autorité des préfets, chargés de la régulation des Esod, mais aussi conseillers techniques de l’administration sur la gestion de la faune sauvage. Ils sont très fréquemment appelés dans ce cas.

Les lieutenants de louveterie n’interviennent que sur arrêté de mission émanant du préfet ou du maire. Dans les situations d’urgence, ils peuvent être requis par ceux-ci de façon verbale. Ils n’interviennent que sur ordre. C’est souvent la règle lorsque l’abattage de l’animal est envisagé, mais c’est loin d’être le seul rôle des louvetiers en pareil cas. Les confusions sont hélas nombreuses à leur égard. Souvent réduit à tort à l’image de chasseurs en uniforme ou de régulateurs de « nuisibles », les louvetiers ont en effet l’expérience des « reprises » ou captures d’animaux sauvages qui doivent être déplacés, et des différentes méthodes disponibles.

Et les chasseurs ? Ce n’est guère qu’en cas d’urgence et de danger avéré, faute d’autres intervenants disponibles dans un délai suffisamment court, qu’un maire fait appel à eux pour abattre l’animal, comme à Cahors en février 2021[7]Lot : le sanglier abattu dans l’agglomération de Cahors représentait un danger imminent selon les autorités, France 3, 9 février 2021 , voire, étant chasseur, le fasse lui-même comme celui de Florensac, dans l’Hérault, en mars 2021[8]Hérault. Un sanglier dangereux divague dans un lotissement, le maire l’abat, Ouest France, 10 mars 2021 .

Priorité à la sécurité des biens et des personnes


Une sexagénaire attaquée et grièvement blessée à Châteauneuf-de-Galaure dans la Drôme, en 2020 (Source: le Dauphiné Libéré).

Quels que soient les intervenants, sous l’autorité du maire ou du préfet, face à un animal sauvage en zone urbaine, l’objectif prioritaire est la sécurité des biens et des personnes. La vie de l’animal passe nécessairement au second rang.

Même si cela peut ne pas sembler évident, un animal sauvage présente toujours un risque pour les personnes, soit indirectement en étant par exemple à l’origine d’un accident de la circulation, soit directement, en particulier quand il est en état de stress, dans une situation inhabituelle. Même un chevreuil peut causer des blessures graves, dans certaines circonstances : « En condition normale, le chevreuil ne va pas charger. Mais il pourra le faire, comme c’est le cas pour tout animal sauvage, s’il se sent pris au piège. S’il n’a pas de possibilité de fuite. S’il se sent mal, et surtout s’il s’agit d’un mâle, il pourra foncer vers celui ou ceux qui seront face à lui[9]Pourquoi les chevreuils sont de plus en plus nombreux à divaguer en pleine ville dans la Sarthe, Ouest France, 3 juin 2021 [10]Voir également cet exemple d’un brocard agressif à la saison du rut : Indre : 2 femmes finissent à l’hôpital attaquées par un chevreuil, Chasse Passion, 26 juillet 2021 . »

Cela ne signifie pas qu’on recourt à l’abattage systématiquement, et encore moins par facilité, mais que chaque cas est une décision particulière, en fonction des contraintes imposées par le contexte. C’est ainsi qu’en avril 2020, à Pau, en plein confinement COVID, un lieutenant de louveterie qui se retrouvait obligé d’intervenir seul pour capturer un brocard, a dû prendre la décision de l’abattre, la capture au filet s’avérant impossible dans ces conditions malgré plusieurs tentatives[11]Chevreuil abattu dans le centre-ville de Pau : le lieutenant de louveterie n’avait pas le choix, Sud-Ouest, 21 avril 2020 .

La décision d’abattre est en outre soumise à une stricte règlementation. Un animal d’une espèce non chassable ou non classée Esod/exotique envahissante, ou encore une espèce protégée, ne peut être abattu, sauf cas d’urgence, qu’en dernier recourt, sur décision de l’autorité publique[12]Var: un loup au «comportement agressif» abattu près d’un camping, le Figaro, 14 février 2019 .

Le cas particulier des espèces classées susceptibles d’occasionner des dégâts

En revanche, il faut avoir en tête que les espèces classées exotiques envahissantes (ragondin…) ou susceptibles d’occasionner des dégâts Esod (renard, sanglier…) ne peuvent légalement être (re)lâchées dans la nature, sauf cas exceptionnels pour ces derniers[13]Arrêté du 14 février 2018 relatif à la prévention de l’introduction et de la propagation des espèces animales exotiques envahissantes sur le territoire métropolitain, Légifrance [14]Article R428-19 du code de l’environnement, Légifrance [15]Article R427-26 du code de l’environnement, Légifrance  :

Article R428-19
I.-Est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe le fait de contrevenir aux dispositions des articles R. 427-10, R. 427-14, R. 427-16, R. 427-18 et R. 427-25 à R. 427-28 relatifs à la destruction, au lâcher, au transport et à la commercialisation des animaux susceptibles d’occasionner des dégâts, aux arrêtés et décisions individuelles pris pour leur application ainsi qu’aux arrêtés pris sur le fondement de l’article R. 427-6.

C’est très souvent le cas du sanglier, classé Esod dans de nombreux départements : l’euthanasie est alors inévitable. Rappelons que cette espèce est responsable des deux-tiers des dégâts agricoles du grand gibier, sans parler des dégâts dans les autres espaces privés ou publics, ni du problème des collisions routières[16]Restaurer l’équilibre agro-sylvo-cynégétique pour une pleine maîtrise des populations de grand gibier et de leurs dégâts à l’échelle nationale, Mission parlementaire relative à la régulation des populations de grand gibier et à la réduction de leurs dégâts, Jean-Noël Cardoux & Alain Péréa, mars 2019 . Et les structures de type refuge ou parc animalier à même d’accueillir un sanglier après capture, qu’il faut d’entrée de jeu placer en quarantaine pour d’évidentes raisons sanitaires, sont rarissimes. Alors que l’espèce pose plutôt le problème de sa surabondance que de sa rareté ! Cet exemple en Meurthe-et-Moselle en 2011 est typique de ce genre de situation[17]Un sanglier qui décoiffe, L’Est Républicain, 10 mars 2011  : endormi à l’aide de deux fléchettes anesthésiantes tirées par un pompier vétérinaire alors qu’il dévastait un salon de coiffure après semé la panique dans un supermarché, ce sanglier a dû être abattu par l’ONCFS, étant donné l’impossibilité de le relâcher en pleine nature :

Chef de service à l’ONCFS de Meurthe-et-Moselle, Daniel Adrian conçoit bien que mettre une balle à ce sanglier reste une tâche des plus ingrates relevant de son service […] « Mais il n’y avait pas d’autre solution. Si je le relâche, je commets une infraction d’autant qu’il est classé nuisible […] Il n’y a pas non plus de structures d’accueil agréées dans le secteur pour le recueillir, le placer en quarantaine et réaliser un caryotype pour s’assurer de sa pureté génétique. »

En outre, dans le cas d’un sanglier, d’un renard ou autre Esod blessé, la règle est que les centres de sauvegarde de la faune sauvage n’accueillent pas, en principe d’espèces classées Esod[18]Un animal nuisible blessé peut-il être soigné?, Fondation du droit animal, 22 juillet 2019 .

Capturer n’est pas toujours si facile


Un ragondin qui n’a guère été difficile à capturer…

La capture d’un animal de petite taille, comme un renard, un ragondin, un blaireau, ne pose généralement pas de problème majeur. Les unités animalières des pompiers sont équipées et expérimentées, elles y parviennent le plus souvent, comme pour ce ragondin apeuré, figé à l’entrée d’un magasin, qui est entré sagement de lui-même dans la caisse qu’on avait approché de lui[19]Un ragondin capturé dans le centre-ville de Flers, France 3, 29 mai 2018 . Il faut cependant toujours garder en tête qu’un animal sauvage, quel que soit sa taille et sa placidité en temps normal, est toujours susceptible de manifester parfois un comportement inhabituellement agressif. Même un ragondin, comme celui qui a dû être abattu en février 2021 à Épinal après avoir agressé une passante et son chien[20]Un ragondin agressif abattu par la police, Chasse Passion, 2 février 2021

Mais la difficulté est évidemment plus grande quand il s’agit d’un chevreuil, voire d’un cerf, et plus encore dans le cas d’un sanglier.

Le chevreuil


Un chevreuil coincé dans l’enceinte d’une entreprise en zone péri-urbaine a pu repartir en forêt une fois qu’un passage lui a été aménagé.

Si l’animal n’est pas blessé, la première option est de lui faire quitter les lieux, dans la mesure où la situation le permet : animal pas trop stressé, présence d’une voie de fuite vers laquelle le rabattre, possibilité de le faire dans la tranquillité (badauds, véhicules…). Ce chevreuil égaré à Seclin dans le Nord en avril 2016 en donne un bon exemple[21]Seclin : Le chevreuil coincé retrouve la liberté grâce à un lieutenant de louveterie, La Voix du Nord, 28 avril 2016 [22]Un autre exemple, cette fois pour une compagnie de sangliers, à La-Roche-Sur-Yon en Vendée en février 2021 : Vendée : une famille de sangliers se réfugie sur un rond-point en pleine ville, Ma Ville, par Ouest-France, 18 février 2021  :

Finalement, vers 16 heures, c’est le lieutenant de louveterie François Motte qui est intervenu. « Quand je suis arrivé, le brocard était assez calme. Avec les salariés, nous avons découpé une partie de la clôture et élagué les haies. Et nous avons attendu 15 minutes, Vers 17 h, le brocard a passé la clôture et est reparti vers la plaine, en pleine forme. Une histoire qui finit bien. »

En général, le mieux est d’attendre que l’animal sorte de lui-même pendant la nuit. Il est difficile de l’attraper avec des filets, encore plus de l’endormir et l’euthanasier, c’est vraiment en dernier recours.

Détail amusant : contactée à cette occasion, avant l’intervention du lieutenant de louveterie, l’ONCFS avait répondu qu’il n’interviendrait que pour euthanasier le chevreuil…

Mais sinon, l’option la plus courante est de recourir à un filet, soit jeté sur l’animal, soit en rabattant celui-ci vers le filet tendu[23]Pourquoi les chevreuils sont de plus en plus nombreux à divaguer en pleine ville dans la Sarthe, Ouest France, 3 juin 2021 , comme ici à Tarbes en mai 2020, encore sous la conduite d’un lieutenant de louveterie[24]La course poursuite entre le chevreuil et les policiers se termine bien à Tarbes dans les Hautes-Pyrénées, France 3, 7 mai 2020  :

Cependant, comme le montre cette autre capture menée sous la conduite de deux lieutenants de louveterie, même un chevreuil — un animal d’une trentaine de kilos au plus — n’est pas si aisé à prendre : cela exige compétence, expérience et des moyens humains suffisants[25]Poitiers : un chevreuil dans les rues de la ville, La Nouvelle République18 avril 2019  :



Le chevreuil a pu être bloqué dans le sas d’une galerie marchande…

On a parfois la chance que l’animal puisse être rabattu dans un espace clos, jardin ou même un hall d’immeuble, un parking souterrain… ce qui facilite considérablement la capture, comme à Tours, en avril 2020[26]Tours : la police intervient pour un jeune chevreuil en liberté dans le centre-ville, France Bleu, 18 avril 2020  : le gardien d’une galerie marchande ayant eu la présence d’esprit de bloquer le chevreuil dans le sas de celle-ci, les policiers ont pu appeler un louvetier qui a procédé aisément à la capture. Quand il ne se jette pas opportunément à l’eau, comme à Laval, en Mayenne, en avril 2021[27]En Mayenne. Vaches, cheval, chevreuils : quand les pompiers interviennent pour sauver des animaux, Ouest France, 6 août 2021 .

,
« À Rennes, ce chevreuil joue à cache-cache avec les pompiers depuis trois jours. »

Mais il arrive au contraire que l’animal oblige à un long jeu de poursuite et de cache-cache, qui lui fait courir autant de risques qu’aux personnes, comme ces trois jours de poursuite mobilisant une demi-douzaine de pompiers et un louvetier à Rennes en avril 2021[28]Insolite. À Rennes, ce chevreuil joue à cache-cache avec les pompiers depuis trois jours, Ouest France, 27 avril 2021 .


Cette fois, le chevreuil, qui s’est blessé lors de son errance en ville, n’a pas pu être sauvé (Source France Bleu).

Il faut toujours avoir à l’esprit que, dans l’affolement, l’animal peut se blesser. Il ne sera généralement pas possible de le sauver dans ce cas, les possibilités d’accueil dans un centre de soin de la faune sauvage, puis chez un capacitaire pour sa convalescence, étant réduites[29]Près d’Amiens, la mort d’un chevreuil égaré suscite la polémique, France Bleu, 5 mai 2020 .

Le sanglier


Les chasseurs sont bien placés pour savoir qu’un sanglier est un animal à ne pas prendre à la légère (charge d’une laie, en vidéo)…

La situation se complique encore quand il s’agit d’un sanglier, animal autrement plus lourd que le chevreuil, puissant et dangereux. Que ce soit pour les intervenants ou surtout pour les riverains, sans compter le résultat d’une collision avec un véhicule…

Un jeune adulte est généralement plus facile à capturer, comme cette laie d’une quarantaine de kilos à Lannion dans les Côtes d’Armor en 2020, qui n’a cependant pu être capturée au filet qu’après une course-poursuite où elle a été heurtée par une voiture[30]Un sanglier coursé par la police au centre-ville de Lannion, Le Télégramme, 19 janvier 2020 .


Capture inhabituelle d’un sanglier entré dans un immeuble, qui avait grimpé les marches jusqu’au 3e étage (source France 3)

Avec beaucoup de chances, l’animal se sera enferré de lui-même dans un espace clos, facilitant considérablement la capture. Il est cependant rare que cela se passe dans un couloir au 3e étage d’un immeuble comme à Agen en janvier 2021, où l’animal a pu être assez aisément pris au filet pour être ensuite relâché en forêt[31]Un sanglier capturé au 3e étage d’un immeuble d’Agen, France 3, 1er janvier 2021

Mais les choses sont beaucoup plus difficiles quand l’animal est blessé, et généralement d’autant plus vindicatif, comme à Cahors en février 2021, où le maire a dû donner l’ordre à des chasseurs appelés à rescousse d’abattre en urgence un sanglier blessé dans une collision, après qu’il a eu chargé à deux reprises et blessé deux chiens (le lieutenant de louveterie, appelé, ne pouvait se rendre sur les lieux suffisamment rapidement)[32]Lot : le sanglier abattu dans l’agglomération de Cahors représentait un danger imminent selon les autorités, France 3, 9 février 2021  :

Je peux comprendre les personnes qui ont été choquées par les faits, c’est une émotion légitime mais ce qui prévaut avant tout est la sécurité des personnes. Devant un danger imminent grave notre mission est d’intervenir.
— Patrick Meynier, directeur départemental de la sécurité publique

Faut-il préciser qu’un sanglier, ou tout aussi bien un cerf ou un chevreuil blessé et arrivé en zone urbaine, ne signifie pas pour autant « blessé par les méchants chasseurs » ? Il s’agit plus fréquemment d’un animal blessé lors d’une collision routière, comme c’était le cas par exemple à Beauzac, en Haute-Loire en 2017 où une femme avait été blessée par un sanglier agressif[33]Beauzac: blessé, un sanglier de 130kg attaque une femme dans son jardin, le progrès, 23 septembre 2017  :

Ce mâle de 130 kg a probablement été percuté par un camion ou un autre véhicule dans la nuit ou la matinée, route du Pédible, avant de trouver refuge dans cette propriété.


Un sanglier de 87 kilos, abattu après avoir chargé deux passants et un vététiste (Source La Dépêche du Midi).

Si le sanglier est, dans son milieu naturel, d’une nature plutôt pacifique voire craintif, il arrive également qu’il se révèle très agressif sans raison apparente, sinon de se trouver dans un environnement inhabituel[34]Une harde de sangliers sème le chaos dans le centre de Raismes, un policier fait feu, La Voix du Nord, 16 décembre 2019 . La même ville de Cahors avait vu, trois semaines auparavant, un mâle de 87 kilos charger et blesser (légèrement) deux passant et un vététiste, avant de devoir être abattu par un lieutenant de louveterie[35]Cahors : un sanglier fou charge plusieurs passants dans le centre-ville avant d’être abattu, La Dépêche du Midi, 20 décembre 2020  :

Patrick Meynier poursuit : On a évité une catastrophe, il aurait pu blesser bien plus gravement ou tuer des passants. Je salue le sang-froid des effectifs de police mobilisés ainsi que du lieutenant.

Lorsque le problème se pose de nuit, les tentatives de captures sont d’autant plus difficiles, voire impraticables, comme à Biarritz en mars 2021, après que les forces de l’ordre ont pu contenir l’animal dans le jardin d’une résidence[36]Un sanglier abattu en plein centre de Biarritz, Sud Ouest, 29 mars 2021  :

À cette heure, impossible de dépêcher un vétérinaire pour lui administrer une piqûre anesthésiante. Difficile aussi pour les policiers de faire usage de leur arme. Le choix a été fait d’appeler le lieutenant de louveterie du secteur, Michel Soubelet, habilité à tirer de nuit, pour l’abattre. « Cet ultime recours a été choisi par mesure de sécurité pour les riverains », a indiqué Martine Valls, l’adjointe à la sécurité de la Ville, présente sur les lieux.


Une compagnie de sangliers a dû être abattue à Chambéry en 2012.

Le sanglier vivant, à l’exception des mâles adultes, en compagnie, le problème peut se révéler d’autant plus difficile à gérer qu’il s’agit non d’un seul, mais de plusieurs à la fois. Repousser à l’extérieur d’une zone urbaine toute une compagnie entière est parfois possible… parfois non. Ce fut le cas par exemple à Chambéry, en 2012, où une compagnie de 10 sangliers a dû être abattue après qu’une passante ait été attaquée, malgré les tentatives pour les canaliser avec le renfort de 5 lieutenants de louveterie, d’agents de l’ONCFS et des pompiers[37]Des sangliers sèment la panique dans le centre-ville de Chambéry, BFMTV, 24 octobre 2012 [38]Chambéry : 10 sangliers abattus en ville, Le Dauphiné Libéré, 24 octobre 2012 .

Le problème d’animaux inhabituellement agressifs peut également se poser avec un animal qui a, à l’inverse, pris ses aises et ses habitudes en zone habitée où il vient se nourrir, comme dans ce village du Gard en 2019 où une laie manifestait de manière répétée un comportement dangereux[39]Gard : le sanglier agressif qui semait la zizanie à Poulx a été mis hors d’état de nuire, Midi Libre, 11 novembre 2019  :

Stéphane Liberi, le chef de la police municipale, explique, « qu’il fallait agir, la laie était tous les matins non loin de l’école, les enfants allaient croiser son chemin, ne serait-ce que pour aller prendre le bus. Son comportement était déviant, nous n’avions pas le choix ».

Rappelons à cette occasion que nourrir les animaux sauvages est d’une manière général une chose à éviter absolument, notamment en raison du risque d’imprégnation qui favorise des comportements à risque, comme dans ce lotissement près d’Angoulême en Charente en 2019[40]Saint-Michel (Charente) : des sangliers agressifs en ville, France Bleu, 16 juillet 2019  :

Dimanche, plusieurs cochons sauvages avaient été signalés, assez agressifs, à proximité des maisons de la rue de l’Egalité […] Les animaux ont l’air d’être « imprégnés », disent les spécialistes de l’Office de la Chasse et de la faune sauvage : ils ont sans doute été habitués à vivre avec des humains, et ils ont déjà mangé de la viande. Voilà qui explique pourquoi ces sangliers, omnivores mais friands de céréales et de fruits, ont attaqué récemment des poulaillers.

Comme l’avait rappelé très clairement aux visiteurs le Parc national des Calanques à propos d’un jeune sanglier trop familier en 2019 :

Le cerf

Qu’en est-il du cerf ? Puisque nous avons jusqu’ici parlé du chevreuil, il faut être conscient qu’on passe d’un animal d’au plus une trentaine de kilos à une bête qui en fait facilement 150 dans le cas d’un mâle, une centaine pour une biche. Et les andouillers de massacre (les premiers à partir de la tête) peuvent tuer, les chasseurs sont bien placés pour le savoir[41]Landes : le cerf charge le chasseur et lui arrache la moitié du visage, la dépêche du Midi, 28 janvier 2020 [42]Un cerf tue un chasseur, le Parisien, 7 novembre 2017  : Bambi n’a rien d’inoffensif dans certaines circonstances, quand l’animal est stressé et apeuré ou se sent provoqué. Comme ici lors d’une traque, où il était face à un rabatteur, une situation très proche de ce que l’on peut rencontrer en tenant d’inciter un cerf à se déplacer lorsqu’il s’est égaré en zone urbaine : le cerf a tué.

Les spécialistes de l’ex-ONCFS (OFB aujourd’hui) sont d’ailleurs parfaitement clairs sur la dangerosité d’un simple daguet (un jeune cerf) égaré en ville[43]Rennes : on en sait plus sur la mort du cerf égaré, France 3, 2 mai 2016  :

Lorsque c’est possible (rarement), on laisse donc le cerf regagner de lui-même son territoire, comme cela a pu être fait dans ce village de Dordogne en 2020 où, surpris par une crue de la Dordogne, un cerf s’était réfugié dans un jardin[44]Pour échapper à la montée des eaux de la Dordogne, un cerf se réfugie dans un jardin à Bort-les-Orgues (Corrèze), La Montagne, 29 novembre 2020  :

Laurent Fernandez, directeur-adjoint des services techniques de la commune et par ailleurs capitaine et chef du centre de secours des sapeurs-pompiers, a joint Michel Gaumichon, président de la société locale de chasse, ainsi que la Fédération départementale de chasse de la Corrèze. Cette dernière lui a demandé de « simplement sécuriser l’entrée de l’habitation. » […] L’animal n’était apparemment pas blessé et il a fallu attendre que le niveau d’eau baisse à nouveau pour que ce mâle âgé d’environ 10 ans, en milieu d’après-midi, reparte seul et paisiblement dans la forêt.

Une fois anesthésié, le cerf doit être entravé avant de pouvoir être transporté en forêt.

Mais ce n’est pas souvent le cas. La capture d’un cerf nécessite alors de réussir à l’anesthésier. Comme pour le chevreuil, les choses peuvent se passer assez aisément quand l’animal est piégé dans un espace clos : en 2019, dans une commune de la banlieue de Mulhouse, un cerf ayant réussi à sauter la clôture de 2,20m entourant le stade de foot s’est retrouvé incapable d’en ressortir. Les pompiers et les agents de l’ONCFS ont pu procéder à son anesthésie avant de le ramener en forêt[45]Pfastatt : un cerf renvoyé dans les Vosges après avoir fait un petit tour en ville, France 3, 22 septembre 2019 .

Un détail important à relever dans le récit de ce cas : les intervenants ont dû se faire prêter une cage de transport, dont disposait heureusement le zoo de Mulhouse. Un cerf anesthésié ne se transporte pas aussi aisément qu’un chevreuil ou qu’un sanglier, et le matériel nécessaire (cage ou sabot) n’est pas toujours disponible dans les délais nécessaires…

Ce n’est cependant pas toujours aussi aisé et l’issue peut être fatale à l’animal, comme l’illustre cet autre exemple, à Rennes en 2016[46]Vidéo. Mais d’où vient le cerf qui a déambulé à Rennes ?, Ouest France, 21 avril 2016  : malgré trois fléchettes anesthésiantes, l’animal s’est relevé et a repris sa course en ville, avant de céder à l’anesthésie au bout d’une vingtaine de minutes, tout en essayant encore de se libérer une fois entravé pour son transport vers la forêt :

Et finalement, au réveil… le cerf a succombé à une crise cardiaque[47]Rennes : on en sait plus sur la mort du cerf égaré  :

L’animal a succombé à une crise cardiaque, un phénomène qui n’est malheureusement pas rare chez les cervidés, qui sont sensibles à la téléanesthésie. Ce n’est pas une question de surdose. De plus, l’utilisation du fusil hypodermique était une nécessité pour neutraliser un animal sauvage potentiellement dangereux.

Enfin, comme nous allons le voir dans la dernière partie de cet article, cette technique de la téléanesthésie n’aboutit pas à tous les coups, et il faut parfois se résoudre à abattre l’animal, comme récemment en Suisse, à Genève :

La téléanesthésie, ce n’est pas comme dans les films

Pour situer immédiatement le souci, citons simplement un vétérinaire expérimenté dans la téléanesthésie :

Dans l’imagination du public, qui n’est pas confronté aux mésaventures des vétérinaires, le fusil hypodermique est une sorte d’arme magique. Ainsi, quand un animal est atteint par la fléchette et que j’explique : « Il y en a pour vingt minutes avant qu’il s’endorme », la réaction est : « Ah bon ? J’ai vu des films où ce n’était pas du tout comme ça.[48]Florence Ollivet-Courtois, Un éléphant dans ma salle d’attente – Aventures d’une vétérinaire, Humensciences, 2020, p. 65  »

La téléanesthésie, pour lui donner son nom exact, est hélas très loin d’être aussi facile qu’on le croit. Les difficultés règlementaires, médicales et pratiques sont nombreuses.

En premier lieu, la législation interdit la détention et la préparation des produits anesthésiques aux non-vétérinaires[49]Norin Chaï, Guide pratique de téléanesthésie des animaux domestiques et de la faune sauvage, Editions Med’Com, 2013, pp. 34-35 . Il faut donc déjà qu’un vétérinaire soit disponible, dans le court délai, voire l’urgence, imposé par une situation à risque. Dans l’exemple du sanglier abattu à Biarritz en mars 2021, aucun ne l’était[50]Un sanglier abattu en plein centre de Biarritz, Sud Ouest, 29 mars 2021 .

Si l’opérateur du tir n’est pas lui-même vétérinaire, il doit être habilité à porter et utiliser un fusil ou autre projecteur hypodermique et l’action soit s’effectuer sous le contrôle d’un vétérinaire. Les pompiers le sont par défaut[51]Article 46 de la Loi du 13 août 2004 de modernisation de la sécurité civile, Légifrance . Les agents de police municipale doivent l’être spécifiquement et nominalement[52]Arrêté du 17 septembre 2004 fixant les conditions techniques d’utilisation des projecteurs hypodermiques par les agents de police municipale pour la capture des animaux dangereux ou errants, Légifrance  :

Article 1
Les agents de police municipale qui utilisent des projecteurs hypodermiques contenant des médicaments vétérinaires destinés à anesthésier des animaux doivent être autorisés nominativement à porter cette arme du a du 2° de la catégorie D, conformément aux dispositions du décret du 24 mars 2000 modifié…

Article 3
Dans l’hypothèse énoncée à l’article précédent, lorsque l’animal se trouve sur le territoire de sa commune, le maire peut faire utiliser des projecteurs hypodermiques par les agents de police municipale mentionnés à l’article 1er.

Lors de l’administration des médicaments vétérinaires nécessaires aux opérations de capture et de contention de l’animal, les agents de police municipale sont placés sous l’autorité médicale d’un vétérinaire, qui doit les accompagner sur place.


Pompier vétérinaire du groupe de secours animalier du SDIS des Yvelines.

Mais le tout n’est pas de trouver juste un vétérinaire disponible : la plupart des vétérinaires libéraux ne sont pas formés à la téléanesthésie. C’est en revanche le cas des pompiers vétérinaires des unités animalières, là où celles-ci existent (et s’il est disponible, assez rapidement).

Envisager l’anesthésie d’un animal sauvage, dans des conditions souvent « sportives », n’est pas forcément réaliste : les risques sont en effet importants à la fois pour l’animal, et pour les personnes. Il y a là encore un choix à faire en fonction du contexte.

Concernant les risques pour l’animal, le dosage se fait nécessairement au jugé, faute de pouvoir déterminer précisément le poids de l’animal. Surdosage nécessaire, plutôt, pour éviter qu’après un long temps d’induction, l’animal ne s’endorme tout simplement pas[53]Norin Chaï, Guide pratique de téléanesthésie des animaux domestiques et de la faune sauvage, Editions Med’Com, 2013, p. 15 . Les autres conséquences possibles d’une anesthésie ratée sont une réaction brutale, la fuite entraînant une blessure. Les doses nécessaires peuvent être d’autant plus importantes que l’animal est en situation de stress. Rappelons que, quel que soit le mode de capture, filet, anesthésie ou autre, la plus grande quiétude possible de l’animal est une clé décisive de succès… dont on bénéficie rarement dans ces circonstances.

Les risques accidentels pendant l’anesthésie ou après le réveil (problème cardiovasculaire, respiratoire, pathologie digestive, hypothermie ou hyperthermie, choc neurogénique, stress de capture…) comme dans l’exemple du cerf de Rennes[54]Rennes : on en sait plus sur la mort du cerf égaré , sont alors d’autant plus importants[55]Norin Chaï, Guide pratique de téléanesthésie des animaux domestiques et de la faune sauvage, Editions Med’Com, 2013, pp. 16-25 .

Lorsqu’on utilise la téléanesthésie, il ne sert à rien de tirer sur un animal plein d’adrénaline. Le produit agit sur les neurotransmetteurs et, si on veut qu’il opère, il est primordial d’apaiser l’animal[56]Frédéric Bottes, capitaine des pompiers, SDIS Saône et Loire, Vaches ou pythons, la mission des pompiers « animaliers », Le Progrès, 5 juillet 2021


Fonctionnement d’une fléchette anesthésiante (Source:Norin Chaï, Guide pratique de téléanesthésie…)

Fusil de téléanesthésie.

Sarbacane de téléanesthésie.

Zone d’alerte, d’évitement et distance critique lors de l’approche d’un animal.

Le risque est aussi lié aux fléchettes, fusils et pistolets hypodermiques et sarbacanes. La balistique des fléchettes est totalement différente de celle des munitions classiques : lentes et très légères, elles sont en particulier déviées au moindre coup de vent. La portée de tir est courte, le plus souvent de 20 m à 25 m au plus dans ces circonstances[57]Vaches ou pythons, la mission des pompiers « animaliers », Le Progrès, 5 juillet 2021 , même si elle peut aller théoriquement jusqu’à 50 m quand il s’agit d’un animal à téléanesthésier à l’approche ou à l’affût en pleine nature, dans les meilleures conditions[58]Norin Chaï, Guide pratique de téléanesthésie des animaux domestiques et de la faune sauvage, Editions Med’Com, 2013, p. 11 . Il faut souvent pouvoir s’approcher à la limite entre distance d’alerte et de fuite, le tir devant s’effectuer sur un animal immobile. Autre difficulté avec un fusil, sans doute inattendue pour le profane : le réglage de la pression du gaz propulseur, selon de la distance prévue, parfois délicate à estimer, sinon plus encore à modifier au dernier moment[59]Florence Ollivet-Courtois, Un éléphant dans ma salle d’attente – Aventures d’une vétérinaire, Humensciences, 2020, p. 119 .

La précision du tir est essentielle: il faut impérativement toucher en pleine masse musculaire, pour que le produit s’injecte et se diffuse correctement. Toute injection intraveineuse accidentelle doit être évitée. Les zones de tir, propres à chaque espèce, sont donc en fait passablement limitées[60]Norin Chaï, Guide pratique de téléanesthésie des animaux domestiques et de la faune sauvage, Editions Med’Com, 2013, p. 66 . L’angle de tir peut être décisif… mais encore faut-il en avoir la maîtrise sur un animal qui ne prend généralement pas gentiment la pose…

L’effet de l’injection n’est pas immédiat. Selon les espèces, mais aussi le degré de stress de l’animal, l’endormissement complet peut nécessiter jusqu’à 20 mn, voire parfois davantage[61]Hugues Guyot, Retour d’expérience sur la capture d’un cerf par téléanesthésie, Journées nationales des Groupements techniques vétérinaires, mai 2019 . Les réactions de l’animal peuvent être vives, et il peut se blesser, ou blesser un intervenant. Le sanglier s’avère particulièrement difficile à anesthésier, en raison de l’épaisseur et de la résistance du cuir et de la couche de graisse sous-cutanée. « L’anesthésie des suidiformes sauvages est souvent abordée avec appréhension — avec raison » souligne un spécialiste[62]Norin Chaï, Guide pratique de téléanesthésie des animaux domestiques et de la faune sauvage, Editions Med’Com, 2013, pp. 65 .

La nécessité d’intervenir dans un délai aussi bref que possible, avec une assurance suffisante de parvenir à capturer l’animal rapidement est un élément clé dans la décision d’anesthésier ou non un cervidé ou un sanglier égaré en zone urbaine[63]Gare aux chevreuils qui s’aventurent sur les routes en ville !, La République du Centre, 22 mars 2014  :

« On peut les toucher à 25-30 mètres, mais, en milieu urbain, mieux vaut se rapprocher au maximum pour ne risquer de blesser personne. » Et aussi faire vite, « pour éviter le suraccident », précise le sergent Augaudy, lui aussi de l’équipe risques animaliers (ERA). Autrement dit, pour éviter d’ajouter un accident à l’anomalie d’avoir une bête en ville. Un sanglier pouvant toujours charger l’homme, ou un chevreuil (un cerf ou une biche, même si les pompiers n’en ont, à ce jour, jamais observés dans les rues d’Orléans) pouvant percuter une voiture.

Il faut enfin prendre en compte, en période de chasse, un risque sanitaire : comme dans le cas d’une anesthésie vétérinaire sur un animal d’élevage, la viande du chevreuil ou du sanglier est impropre à la consommation jusqu’à élimination de l’organisme des produits utilisés. Un gibier chassable ne peut donc être relâché immédiatement, parfois même hors saison de chasse. Comme l’expliquait clairement Daniel Adrian, chef de service à l’ONCFS de Meurthe-et-Moselle en 2011, à propos d’un sanglier qui avait été dans un premier temps anesthésié[64]Un sanglier qui décoiffe, L’Est Républicain, 10 mars 2011  :

Il n’y avait pas d’autre solution […] Il a reçu deux doses d’anesthésiant. Dans le corps de l’animal, le produit a une rémanence d’au moins un mois. Même si la chasse est fermée depuis le 28 février, ce sanglier aurait pu être braconné ou tué par une voiture et consommé par quelqu’un […] Si je le relâche, je commets une infraction d’autant qu’il est classé nuisible.

En conclusion…

Comme le montrent les nombreux exemples analysés ici, et, je l’espère, les explications qui ont été apportées, on n’abat pas sans raison un chevreuil, un cerf, un sanglier ou tout autre animal égaré en zone urbaine.

Nous avons vu que chaque situation, chaque animal, sont spécifiques et exigent une décision au cas par cas, en fonction des moyens disponibles et de ce qui peut raisonnablement être fait, mais avec comme priorité obligée la sécurité des biens et des personnes. Aucun intervenant coutumier de ces situations, qu’il soit policier, pompier, vétérinaire, louvetier ou parfois simple chasseur, n’abat de gaieté de cœur un animal égaré en ville : si cette décision est prise, c’est que la capture, la téléanesthésie ou autre solution dont nous avons vu les limites, n’étaient pas praticables.

Il faut enfin avoir en tête, comme me l’ont souligné différents louvetiers ou vétérinaires familiers de ces interventions, qu’il est de plus en plus impératif d’agir vite, non seulement dans le souci de sécurité pour l’animal comme pour les personnes, mais aussi face aux risques d’incompréhension, voire de réactions hostiles de riverains, de badauds, de plus en plus soupçonneux sans être pour autant aptes à saisir les difficultés de la chose. Dans ce domaine, l’agitation inévitablement entretenue par certaines associations animalistes ou antispécistes n’aide pas. Vraiment pas.

Vous pouvez commenter ce billet en réponse à son annonce twitter . Avis, critiques et compléments des pompiers, vétérinaires, louvetiers et autres intervenants expérimentés particulièrement bienvenus !

Notes & références

Notes & références
1 Les sangliers envahissent de plus en plus de villes françaises, Le Figaro, 31 janvier 2021
2, 9, 23 Pourquoi les chevreuils sont de plus en plus nombreux à divaguer en pleine ville dans la Sarthe, Ouest France, 3 juin 2021
3 Lot : pourquoi des chevreuils ivres divaguent dans les rues en plein confinement, France Bleu, 21 avril 2020
4 Rhône : un chevreuil en état second attaque un groupe de promeneuses, France-Info, 16 février 2016
5 Article L 2212-2, Code général des collectivités territoriales
6 Secours Animalier, Sapeurs-pompiers des Yvelines
7, 32 Lot : le sanglier abattu dans l’agglomération de Cahors représentait un danger imminent selon les autorités, France 3, 9 février 2021
8 Hérault. Un sanglier dangereux divague dans un lotissement, le maire l’abat, Ouest France, 10 mars 2021
10 Voir également cet exemple d’un brocard agressif à la saison du rut : Indre : 2 femmes finissent à l’hôpital attaquées par un chevreuil, Chasse Passion, 26 juillet 2021
11 Chevreuil abattu dans le centre-ville de Pau : le lieutenant de louveterie n’avait pas le choix, Sud-Ouest, 21 avril 2020
12 Var: un loup au «comportement agressif» abattu près d’un camping, le Figaro, 14 février 2019
13 Arrêté du 14 février 2018 relatif à la prévention de l’introduction et de la propagation des espèces animales exotiques envahissantes sur le territoire métropolitain, Légifrance
14 Article R428-19 du code de l’environnement, Légifrance
15 Article R427-26 du code de l’environnement, Légifrance
16 Restaurer l’équilibre agro-sylvo-cynégétique pour une pleine maîtrise des populations de grand gibier et de leurs dégâts à l’échelle nationale, Mission parlementaire relative à la régulation des populations de grand gibier et à la réduction de leurs dégâts, Jean-Noël Cardoux & Alain Péréa, mars 2019
17 Un sanglier qui décoiffe, L’Est Républicain, 10 mars 2011
18 Un animal nuisible blessé peut-il être soigné?, Fondation du droit animal, 22 juillet 2019
19 Un ragondin capturé dans le centre-ville de Flers, France 3, 29 mai 2018
20 Un ragondin agressif abattu par la police, Chasse Passion, 2 février 2021
21 Seclin : Le chevreuil coincé retrouve la liberté grâce à un lieutenant de louveterie, La Voix du Nord, 28 avril 2016
22 Un autre exemple, cette fois pour une compagnie de sangliers, à La-Roche-Sur-Yon en Vendée en février 2021 : Vendée : une famille de sangliers se réfugie sur un rond-point en pleine ville, Ma Ville, par Ouest-France, 18 février 2021
24 La course poursuite entre le chevreuil et les policiers se termine bien à Tarbes dans les Hautes-Pyrénées, France 3, 7 mai 2020
25 Poitiers : un chevreuil dans les rues de la ville, La Nouvelle République18 avril 2019
26 Tours : la police intervient pour un jeune chevreuil en liberté dans le centre-ville, France Bleu, 18 avril 2020
27 En Mayenne. Vaches, cheval, chevreuils : quand les pompiers interviennent pour sauver des animaux, Ouest France, 6 août 2021
28 Insolite. À Rennes, ce chevreuil joue à cache-cache avec les pompiers depuis trois jours, Ouest France, 27 avril 2021
29 Près d’Amiens, la mort d’un chevreuil égaré suscite la polémique, France Bleu, 5 mai 2020
30 Un sanglier coursé par la police au centre-ville de Lannion, Le Télégramme, 19 janvier 2020
31 Un sanglier capturé au 3e étage d’un immeuble d’Agen, France 3, 1er janvier 2021
33 Beauzac: blessé, un sanglier de 130kg attaque une femme dans son jardin, le progrès, 23 septembre 2017
34 Une harde de sangliers sème le chaos dans le centre de Raismes, un policier fait feu, La Voix du Nord, 16 décembre 2019
35 Cahors : un sanglier fou charge plusieurs passants dans le centre-ville avant d’être abattu, La Dépêche du Midi, 20 décembre 2020
36, 50 Un sanglier abattu en plein centre de Biarritz, Sud Ouest, 29 mars 2021
37 Des sangliers sèment la panique dans le centre-ville de Chambéry, BFMTV, 24 octobre 2012
38 Chambéry : 10 sangliers abattus en ville, Le Dauphiné Libéré, 24 octobre 2012
39 Gard : le sanglier agressif qui semait la zizanie à Poulx a été mis hors d’état de nuire, Midi Libre, 11 novembre 2019
40 Saint-Michel (Charente) : des sangliers agressifs en ville, France Bleu, 16 juillet 2019
41 Landes : le cerf charge le chasseur et lui arrache la moitié du visage, la dépêche du Midi, 28 janvier 2020
42 Un cerf tue un chasseur, le Parisien, 7 novembre 2017
43 Rennes : on en sait plus sur la mort du cerf égaré, France 3, 2 mai 2016
44 Pour échapper à la montée des eaux de la Dordogne, un cerf se réfugie dans un jardin à Bort-les-Orgues (Corrèze), La Montagne, 29 novembre 2020
45 Pfastatt : un cerf renvoyé dans les Vosges après avoir fait un petit tour en ville, France 3, 22 septembre 2019
46 Vidéo. Mais d’où vient le cerf qui a déambulé à Rennes ?, Ouest France, 21 avril 2016
47, 54 Rennes : on en sait plus sur la mort du cerf égaré
48 Florence Ollivet-Courtois, Un éléphant dans ma salle d’attente – Aventures d’une vétérinaire, Humensciences, 2020, p. 65
49 Norin Chaï, Guide pratique de téléanesthésie des animaux domestiques et de la faune sauvage, Editions Med’Com, 2013, pp. 34-35
51 Article 46 de la Loi du 13 août 2004 de modernisation de la sécurité civile, Légifrance
52 Arrêté du 17 septembre 2004 fixant les conditions techniques d’utilisation des projecteurs hypodermiques par les agents de police municipale pour la capture des animaux dangereux ou errants, Légifrance
53 Norin Chaï, Guide pratique de téléanesthésie des animaux domestiques et de la faune sauvage, Editions Med’Com, 2013, p. 15
55 Norin Chaï, Guide pratique de téléanesthésie des animaux domestiques et de la faune sauvage, Editions Med’Com, 2013, pp. 16-25
56 Frédéric Bottes, capitaine des pompiers, SDIS Saône et Loire, Vaches ou pythons, la mission des pompiers « animaliers », Le Progrès, 5 juillet 2021
57 Vaches ou pythons, la mission des pompiers « animaliers », Le Progrès, 5 juillet 2021
58 Norin Chaï, Guide pratique de téléanesthésie des animaux domestiques et de la faune sauvage, Editions Med’Com, 2013, p. 11
59 Florence Ollivet-Courtois, Un éléphant dans ma salle d’attente – Aventures d’une vétérinaire, Humensciences, 2020, p. 119
60 Norin Chaï, Guide pratique de téléanesthésie des animaux domestiques et de la faune sauvage, Editions Med’Com, 2013, p. 66
61 Hugues Guyot, Retour d’expérience sur la capture d’un cerf par téléanesthésie, Journées nationales des Groupements techniques vétérinaires, mai 2019
62 Norin Chaï, Guide pratique de téléanesthésie des animaux domestiques et de la faune sauvage, Editions Med’Com, 2013, pp. 65
63 Gare aux chevreuils qui s’aventurent sur les routes en ville !, La République du Centre, 22 mars 2014
64 Un sanglier qui décoiffe, L’Est Républicain, 10 mars 2011

Share my article