L’oie bernache du Canada, une espèce exotique envahissante

Sommaire


Effectif et distribution de la bernache du Canada en janvier 2016 (ONCFS)[1]La bernache du Canada en France : des pistes pour limiter ses nuisances et ses populations, ONCFS, Faune sauvage, n° 321, 4e trimestre 2018. .

Les mesures de destructions d’oies bernaches du Canada suscitent encore aujourd’hui l’incompréhension. Cette espèce espèce exotique envahissante, en forte croissance en France depuis plusieurs années, est pourtant considérée comme la seconde espèce d’oiseau introduit ayant le plus d’impacts sur le fonctionnement des écosystèmes en Europe[2]One Hundred of the Most Invasive Alien Species in Europe, Montserrat Vilà et al., in Handbook of Alien Species in Europe, 2008, pp.265-268. . Comment a-t-elle été introduite ? Quels dommages cause-t-elle ? Quels sont les moyens de préventions et de lutte mis en oeuvre ?

Les caractéristiques de l’espèce


Oie bernache du Canada défendant sa couvée
.

L’oie bernache du Canada a été introduite dès le XVIIe siècle en Europe, principalement en Grande-Bretagne, comme oiseau d’ornement et comme gibier. En France, c’est dans les années dans les années 1960-1970 qu’elle est surtout adoptée comme oiseau d’ornement (et non pour la chasse, l’espèce est alors protégée[3]Cette protection globale des « bernaches » remonte à un arrêté ministériel du 5 avril 1962. ). À partir des quelques noyaux de population initiaux qui fusionnent dans les années 1990, elle connaît ensuite une forte croissance en France depuis les années 2000, passant de quelques centaines d’oiseaux à plus de 1 700 couples nicheurs et plus de 13 500 individus hivernants actuellement.

La bernache du Canada s’installe près de toutes les aires humides naturelles ou artificielles (lacs, étangs, rivières, plans d’eaux de loisirs, bassins d’ornements) dès lors qu’elles sont bordées de zones herbeuses dégagées suffisamment vastes.

C’est un oiseau aux fortes capacités de reproduction : apte à se reproduire à 3 ans, parfois 2, elle forme des couples appariés mais en cas de décès d’un des partenaires, l’autre se ré-apparie rapidement. Les pontes sont de 5 à 6 œufs, jusqu’à 10 parfois. En cas de destruction des œufs en début de couvaison, une seconde ponte de remplacement a lieu. Le mâle défend farouchement le nid. Lorsque la densité de couples est élevée, on observe un phénomène de « crèche » protégée collectivement.

Sa mortalité est faible : notre climat permet une forte survie hivernale, la ressource alimentaire est abondante et la prédation par le renard (essentiellement) est très limitée (c’est la plus grande oie d’Europe, avec une envergure dépassant 150cm).

Les impacts sur la biodiversité


Roselière piétinée par des bernaches du Canada.

Espèce au comportement très territorial & agressif en période de reproduction, elle entre en compétition avec les espèces indigènes dont elle empêche l’installation sur les lieux de nichage ou dont elle peut détruire nids ou juvéniles. Outre la compétition avec les oie indigènes et le cygne, ce serait particulièrement le cas de la poule-d’eau du foulque macroule, dont elle rapporte des cas de mort des juvéniles, ainsi que du petit gravelot (piétinement de nids). C’est aussi le cas plus généralement des anatidés, partiellement repoussés des sites de nidification.

Des densités élevées de bernaches entraînent une pollution et une eutrophisation importante : l’excès d’éléments nutritifs apportés par ses déjections entraîne la prolifération des végétaux aquatiques, dont la décomposition appauvrit l’eau en oxygène. À fortes densités toujours, le piétinement par les oies bernaches peut fortement dégrader les roselières, privant des espèces indigènes de leur habitat.

Enfin, des cas d’hybridation avec la bernache nonette et l’oie cendrée ont été constatés, mais ne semblent pas fréquents.

Les impacts sur les activités humaines


« Les incidences agricoles s’expliquent par le caractère grégaire de la bernache du Canada qui se nourrit exclusivement sur la terre ferme. »

Herbivore, l’oie bernache se nourrit uniquement sur la terre ferme, avec un régime alimentaire varié. Elle cause des dégâts aux cultures, particulièrement en hiver dans les céréales d’hiver. Ceux-ci n’ont cependant pas encore fait l’objet d’une évaluation précise en France. Les dommages sont, de façon plus évidentes, importants sur les aires de loisir mais aussi les pâtures : au piétinement s’ajoute l’impact des déjections acides.

Enfin, la bernache du canada est à l’origine de risques sanitaires : conjonctivite, botulisme par la pollution des aires de baignades qui favorise le développement bactérien, ainsi que la grippe A dont elle est un vecteur potentiel.

La gestion de l’oie bernache du Canada

Sur le plan juridique, initialement protégée, l’oie bernache du Canada a donc été classe espèce « nuisible » en 2012. Elle a fait l’objet d’un plan national de maîtrise pour la période 2012-2015, puis elle a été classée espèce exotique envahissante en 2016.

La maîtrise des nuisances de l’oie bernache du Canada passe par un ensemble de mesures de prévention mais aussi, nécessairement, de destruction :


Tonte à différentes hauteurs pour repousser les bernaches loin d’un plan d’eau.
  • Interdiction du nourrissage dans les parcs urbains
  • Effarouchement pour dissuader les nouvelles installations, à l’aide de rubalise, de ballons et de cerfs-volants imitant des rapaces, drapeaux plastiques, canons à gaz, sirènes, enregistrements de cris de détresse et de rapaces, chiens ou encore à l’aide de jets d’eau…
  • Réduction des ressources alimentaires en espaçant la tonte des pelouses, la bernache ayant une nette préférence pour les jeunes pousses, plus tendres. La tonte peut aussi se faire par bandes de hauteurs différentes.
  • Aménagement des plans d’eau pour les rendre moins attractifs : suppression des îlots ou plantation de ceux-ci avec une végétation buissonnante, installation de barrières naturelles ou artificielles bloquant l’accès aux zones de nourrissage, ou encore filets empêchant de se poser sur l’eau, plantation d’arbres ou installation de rubans rendant plus difficile l’approche et le décollage (la bernache a besoin d’une aire bien dégagée pour se poser comme pour s’envoler).

Mais aussi, nécessairement, de destruction :


Stérilisation des oeufs par perçage.
  • Stérilisation des œufs (et non destruction, pour éviter une ponte de remplacement) par perçage, secouage, imperméabilisation ou ébouillantage. On estime nécessaire de stériliser 95 % des pontes chaque année pendant 10 ans pour diminuer de 25% les populations actuelles.
  • Capture et euthanasie (gazage ou injection létale) lors de la mue de printemps : les bernaches ayant alors leurs rémiges (les plumes rigides de l’aile) ne peuvent pas voler et peuvent être capturées au filet.
  • Tirs de destruction administratifs en zone urbaine & prélèvements par la chasse en zone rurale. Compte-tenu de l’efficacité des moyens de gestion précédents, ces actions sont nécessaires pour réduire les populations actuelles avant de pouvoir (en principe) s’en passer.

Conclusion et pour aller plus loin

Ce n’est donc pas sans raison que la bernache du Canada est désormais chassée en France, et que des mesures de destruction sont prises. La gestion de cette espèce exotique envahissante est en fait loin de se limiter à celle-ci. Évitons les indignations hors propos !

Sources et pour approfondir:

L’oie bernache :

Les moyens de prévention et de lutte :

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Notes & références

1La bernache du Canada en France : des pistes pour limiter ses nuisances et ses populations, ONCFS, Faune sauvage, n° 321, 4e trimestre 2018.
2One Hundred of the Most Invasive Alien Species in Europe, Montserrat Vilà et al., in Handbook of Alien Species in Europe, 2008, pp.265-268.
3Cette protection globale des « bernaches » remonte à un arrêté ministériel du 5 avril 1962.

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