La chasse n’est pas d’abord affaire d’utilité

La question paraît évidente: la chasse est-elle utile ? Car si elle ne l’est pas, elle est superflue, si elle est superflue, pourquoi ne l’abolissons-nous pas ? Et le raisonnement de se dérouler presque de lui-même, jusqu’à l’évidence. Arrêtons-nous un instant.

Qui que nous soyons, vivons-nous de choses uniquement utiles ? Avons-nous besoin de VTT ou de randonnées en forêt ? Après tout, nous avons des parcs publics, des forêts urbaines et de magnifiques pistes cyclables grâce à Mme Anne Hidalgo. Avons-nous vraiment besoin de voitures ? Mme Sandrine Rousseau nous assure que non, que nous n’avons pas besoin de faire tant de trajets, que l’heure est à la démobilité. « Démobilitisons » nos loisirs !

Avons-nous besoin de nous nourrir de viande d’élevage ? M. Loic Dombreval nous promet pour très bientôt une nouvelle gastronomie, celle de la merveilleuse fausse viande de synthèse cellulaire.

Avons-nous besoin de sapins de Noël, d’arbres morts sur les places de nos villes ? M. Pierre Hurmic nous assure que non. Avons-nous besoin de jouer au foot à la récré ? Selon M. Éric Piolle, des copeaux, c’est tout aussi amusant.

Plus sérieusement, avons-nous besoin de concerts, de musées, de cinéma, de théâtre ? Avons-nous besoin de football, de rugby, de tennis ? Mais voulez-vous vivre dans une société où votre vie se résumerait aux strictes nécessités vitales et au nécessaire pour la collectivité ?

Nous n’avons pas plus besoin de chasser que de nous promener, de faire du VTT, de la randonnée, d’aller au cinéma ou au théâtre, de prendre l’apéro entre amis… et pourtant. Le confinement a donné l’occasion à beaucoup d’exprimer leur mal-être par manque de ces activités.

Alors, non, comme nos autres loisirs, la chasse n’est pas d’abord affaire d’utilité. Mais comme eux aussi, elle nous ferait cruellement défaut. Nous avons besoin de plaisir, de bonheur, de convivialité, de camaraderie, de choses partagées. Les chasseurs sont d’abord, avant tout, des gens heureux. Heureux de partager du temps ensemble, de partager leur passion. Des passions multiples, pour la nature, pour nos chiens de chasse, pour l’affût, l’approche, la battue, l’attente, un peu l’adrénaline aussi.

La chasse est d’abord affaire de plaisir, comme tout ce qui compte dans la vie de tout un chacun. Elle est d’autant plus essentielle qu’elle est un loisir. La chasse est d’autant plus précieuse, dans un monde singulièrement aliénant, qu’elle n’est pas affaire d’utilité.

Oui mais non mais enfin… vous tuez, allez-vous me dire ? Oui, la chasse tue. Tuer le gibier, avec mesure, est sa finalité, mais pas pour autant son essence. Sans doute est-ce la chose la plus difficile à saisir, si l’on veut comprendre la chasse. Une journée de chasse où l’on n’a pas tué de gibier, où l’on n’a pas pris, peut être une très belle journée de chasse. Mais chasser en s’interdisant de tuer le gibier ne serait plus la chasse. Oui, mais enfin, vous tuez aussi des gens, allez-vous insister ? Oui. Il y a des accidents à la chasse, comme il y a des accidents dans toutes les autres activités de nature. Ils sont même moins fréquents à la chasse, à vrai dire, que dans beaucoup de ces activités.

Oui, mais vous tuez la biodiversité, allez-vous protester ? Non. Nous prélevons, et ce terme n’est pas choisi par gêne de dire que nous tuons des animaux. La chasse a considérablement évolué, aujourd’hui. Nous prélevons une part seulement, mesurée. Notre part. S’il y a matière à réfléchir et trouver les compromis qui conviennent, c’est sur un faible nombre d’espèces chassées. L’abolition de leur chasse n’est pas la réponse obligée à apporter. Ce qui ne sera peut-être pas chassé cette saison doit pouvoir l’être à nouveau le moment venu.

Oui, mais vous êtes cruels, renoncez au moins à vos pratiques les plus barbares, allez-vous demander ? Réfléchissez à votre vision de la nature. N’est-elle pas idéalisée ? Et ce que vous croyez savoir de nos chasses, en avez-vous été le témoin ? On raconte tant de choses. Pour ceux qui sont acharnés à tuer la chasse, sous des dehors hypocrites de mettre juste fin aux pratiques les plus cruelles, de retirer juste les espèces les plus touchantes… il y aura toujours une nouvelle pratique la plus cruelle, une nouvelle espèce la plus touchante. Nous n’avons pas tous la même sensibilité. Nous n’avons pas tous la même familiarité avec la nature, et ce qu’elle a, non de cruel, mais de cru, de violent, de sanglant, tout comme la chasse. Qui n’est qu’un acte de prédation naturel.

Oui, mais enfin, vous tuez aussi des gens, allez-vous insister ? Oui. Il y a des accidents à la chasse, comme il y a des accidents dans toutes les autres activités de nature. Ils sont même moins fréquents à la chasse, à vrai dire, que dans beaucoup de ces activités. Mais le seul moyen d’atteindre le risque zéro, quelle que soit l’activité, c’est de supprimer celle-ci. À quoi seriez-vous prêt à renoncer pour vivre dans un monde au risque zéro ? Nous avons certainement une obligation particulière, un impératif évident, de réduire, encore et encore, le risque d’accidents de chasse. Nous le savons et c’est parce que nous y travaillons que ceux-ci ne cessent de diminuer.

La chasse vous déplaît, peut-être jusqu’à la répulsion. Nous sommes différents. Si nous devions nous imposer les uns aux autres toutes nos aversions, nos craintes ou nos défiances, que resterait-il de notre société ? La chasse a peut-être cette utilité-là, pour le coup: nous rappeler que vivre ensemble est affaire d’acceptation d’autrui, d’aller aussi à sa rencontre pour le connaître, tenter de le comprendre.

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